Cette histoire se passait en plein Paris, en plein soleil, par un bel après-midi d’un début de printemps. Une cérémonie officielle réunissait à la Maison de l’O.R.T.F. Quai Kennedy un large public avec ce qu’on appelle le « Tout Paris ». J’assistais officiellement à cette importante réunion.

Les parterres fleuris qui entourent le vaste bâtiment avaient été particulièrement soignés. Il y avait entre autre de très belles roses rouges, blanches et jaunes.

Le service d’ordre des gardiens de la paix de Paris avec fourragère rouge et gants blancs assurait la circulation des nombreuses voitures. J’avais auprès de moi dans l’I.D. noire un collègue et ami de la Préfecture de Paris. La voiture qui précédait la nôtre passant trop près de ces garnitures fleuries arracha la longue tige d’une rose blanche. Un jeune gardien de la paix prit cette rose et s’en servit un instant comme d’un bâton blanc. Mon collègue me dit : « Tu as vu le gardien ? ». Je répondis oui en souriant. Il ajouta, malicieusement : « n’empêche que tout à l’heure si un automobiliste est en
contravention, il lui collera un PV ». Je lui dis : « Bien sûr, mais l’important c’est la rose ».

Ce titre qui est devenu maintenant expression mondiale était né. A quelques jours de là, j’écrivis en effet un texte portant ce titre. Ce poème figura dans un recueil de poèmes publié par Seghers : « L’Eternité + un jour ».

Le titre et l’idée plaisaient à Gilbert comme ils me plaisaient aussi. Un certain soir où nous cherchions l’inspiration dans la cabane du Chesnay, ce titre revint à ma mémoire. Je repris le poème et en quelques moments, une demi heure peut-être, la chanson naquit. Sur la musique de Gilbert j’avais écrit le texte.

Nous pensâmes que c’était là une chanson « petite » sans grandes conséquences. La quatrième face « d’un super 45 tours ». Quelques jours après, en tournée en Belgique, Gilbert créait la chanson à Bruxelles. Europe n°1 transmettait le tour de chant et à ma grande surprise j’entendis à Paris au cours de cette diffusion l’accueil délirant fait par le public bruxellois à cette création qui fut « tricée ».

Depuis, on le sait, cette chanson est devenue majeure, a couru le monde puis est maintenant succès international.

Je dédie aujourd’hui avant que ne se lève le rideau rouge sur le « Chevalier à la rose », ces quelques souvenirs à un anonyme gardien de la paix de vingt cinq ans sportif souriant qui sans le savoir a donné naissance à cette minuscule aventure en sauvant une rose perdue.

Louis Amade

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L’importance
d’une rose